L’effondrement, Edouard Louis
Le Seuil, 2024
Mon frère a passé une grande partie de sa vie à rêver. Dans son univers ouvrier et pauvre où la violence sociale se manifestait souvent par la manière dont elle limitait les désirs, lui imaginait qu'il deviendrait un artisan mondialement connu, qu'il voyagerait, qu'il ferait fortune, qu'il réparerait des cathédrales, que son père, qui avait disparu, reviendrait et l'aimerait. Ses rêves se sont heurtés à son monde et il n'a pu en réaliser aucun. Il voulait fuir sa vie plus que tout mais personne ne lui avait appris à fuir et tout ce qu'il était, sa brutalité, son comportement avec les femmes et avec les autres, le condamnait ; il ne lui restait que les jeux de hasard et l'alcool pour oublier. A trente-huit ans, après des années d'échecs et de dépression, il a été retrouvé mort sur le sol de son petit studio. Ce livre est l'histoire d'un effondrement.
Quand Edouard Louis apprend la mort de son demi-frère aîné emporté par l’alcoolisme, il avait rompu les ponts avec lui depuis longtemps. Sans l’excuser, il tente de comprendre la violence de ce frère en particulier envers ses compagnes successives. Il a recours aux explications économiques, sociales et psychologiques : la pauvreté et l’abandon du père. Pourtant, une part de mystère insondable et fascinant semble rester chez ce frère capable aussi de moments et d’actes d’une fulgurante générosité. Un portrait poignant qui dépasse les clivages sociaux, une première dans l’œuvre d’Edouard Louis.
Aline